Réalisez le bilan TDAH avec un psychologue formé à l’évaluation à visée diagnostique
Vivre avec un TDAH ne se résume pas à perdre ses affaires ou à avoir du mal à se concentrer. Lorsque les difficultés se répètent, elles peuvent aussi modifier la manière dont on se voit, dont on anticipe les demandes et dont on entre en relation avec les autres. Certaines personnes finissent par redouter l’échec avant même de commencer, ou par se sentir durablement découragées.
Les troubles anxieux et dépressifs sont plus souvent observés chez les adultes présentant un TDAH. Pour autant, un trouble associé n’est pas nécessairement causé par le TDAH. L’enjeu clinique est de comprendre, pour chaque personne, ce qui relève du TDAH, ce qui s’y associe et ce qui a pu se construire au fil des expériences. Cette distinction permet de choisir des aides plus précises. 1
Dans cet article
- Trouble associé ou difficulté secondaire : de quoi parle-t-on ?
- Quand les expériences répétées fragilisent l’image de soi
- Anxiété, découragement et évitement : des mécanismes qui peuvent se renforcer
- Retracer le parcours pour comprendre ce qui entretient la souffrance
- Ce que la TCC peut apporter aux croyances et au fonctionnement quotidien
- Choisir les priorités sans réduire la personne à son TDAH
- Bibliographie
Trouble associé ou difficulté secondaire : de quoi parle-t-on ?
Le terme comorbidité désigne la présence de plusieurs troubles chez une même personne. Il décrit leur coexistence, sans expliquer à lui seul leur origine. Une personne peut ainsi présenter un TDAH et un trouble anxieux, avec des facteurs de vulnérabilité en partie communs, des trajectoires distinctes ou des influences réciproques. Les études de fréquence ne permettent pas de décider quel trouble a provoqué l’autre. 1
Parler de difficultés secondaires revient à formuler une hypothèse plus précise : certaines difficultés seraient apparues ou se seraient renforcées en réaction au retentissement du TDAH. Des retards répétés peuvent, par exemple, nourrir une inquiétude avant les rendez-vous. Mais cette inquiétude n’équivaut pas automatiquement à un trouble anxieux, qui nécessite une évaluation propre.
Enfin, plusieurs problèmes peuvent se ressembler. Un sommeil insuffisant, un épisode dépressif ou une anxiété importante peuvent perturber l’attention. Il faut donc aussi envisager qu’une plainte de concentration ait plusieurs explications. Reconstituer l’histoire et le contexte des symptômes aide à éviter de tout attribuer au TDAH. 2
Quand les expériences répétées fragilisent l’image de soi
Imaginez une personne qui fournit des efforts importants, mais oublie encore une consigne, rend un travail en retard ou interrompt quelqu’un. Si ces situations sont régulièrement interprétées comme un manque d’intérêt ou de volonté, elle peut progressivement adopter ces jugements à son propre sujet. Le problème concret devient alors une conclusion plus générale : « Je suis incapable », « On ne peut pas compter sur moi » ou « Je déçois toujours ».
Ces conclusions ne sont ni des symptômes obligatoires du TDAH, ni des vérités sur la personne. Elles peuvent être des façons apprises de donner du sens à des expériences difficiles. Une revue systématique retrouve une estime de soi souvent plus faible chez les adultes avec un TDAH ; ses auteurs soulignent toutefois les limites des études, notamment pour tenir compte des troubles associés. Ce résultat ne permet pas de prédire le vécu de chacun. 3
Le soutien de l’entourage, la reconnaissance des difficultés, les réussites et un environnement mieux adapté peuvent aussi modifier ce parcours. En consultation, il est donc utile de rechercher les ressources autant que les échecs : les situations où cela fonctionne renseignent sur les conditions dont la personne a besoin.
Anxiété, découragement et évitement : des mécanismes qui peuvent se renforcer
L’anxiété peut devenir une tentative de prévenir de nouveaux problèmes : tout vérifier, anticiper chaque imprévu, se préparer très longtemps. Ces efforts peuvent parfois sécuriser une situation, mais aussi coûter beaucoup d’énergie. Chez certaines personnes, la crainte de mal faire rend le démarrage encore plus difficile ; le retard qui suit vient alors confirmer cette crainte.
Le découragement peut s’installer lorsque les efforts semblent ne jamais produire les résultats attendus. Une perte de confiance ou une période de tristesse ne suffisent pas à définir une dépression. En revanche, une baisse durable de l’humeur, une perte d’intérêt ou un retrait marqué méritent une évaluation, sans attendre que la prise en charge du TDAH règle tout.
Une petite étude menée auprès d’adultes avec un TDAH a retrouvé des liens entre pensées dysfonctionnelles, symptômes émotionnels et évitement. Elle soutient l’intérêt d’explorer ces mécanismes en thérapie, mais son dispositif ne démontre pas que le TDAH a causé ces pensées, ni qu’un même enchaînement explique toutes les situations. 4
Une situation possible, à explorer plutôt qu’à présumer
Une personne repousse une démarche administrative après plusieurs oublis et rappels. Elle pense : « Si je m’y mets, je vais encore faire une erreur. » Éviter la démarche la soulage sur le moment, puis augmente l’urgence et la culpabilité. Dans cet exemple fictif, l’aide peut porter à la fois sur l’organisation de la démarche et sur la peur de l’erreur. Lui demander seulement de « faire un effort » laisserait une partie du problème intacte.
Retracer le parcours pour comprendre ce qui entretient la souffrance
Le travail clinique consiste à construire une chronologie : quelles difficultés existaient dans l’enfance ? Quand l’anxiété ou le découragement sont-ils apparus ? Dans quelles périodes ont-ils diminué ? Quels événements, exigences ou relations semblent les accentuer ? Cette exploration ne cherche pas un responsable. Elle permet de distinguer les facteurs anciens, les déclencheurs et les mécanismes actuels.
On examine aussi des situations précises. Une tâche est-elle évitée parce qu’elle comporte trop d’étapes, parce qu’elle paraît ennuyeuse, parce qu’une erreur semble intolérable, ou pour plusieurs raisons à la fois ? Deux personnes peuvent présenter le même retard et avoir besoin d’interventions différentes. Le récit, les observations et les outils d’évaluation se complètent ; un score isolé ne suffit pas à reconstruire un parcours.
Les autres dimensions de santé restent importantes : sommeil, consommation de substances, difficultés d’apprentissage ou autres troubles du neurodéveloppement. Leur association au TDAH ne signifie pas qu’ils en sont des conséquences. Une évaluation globale aide à hiérarchiser les besoins et à coordonner les professionnels lorsque cela est nécessaire. 2
Ce que la TCC peut apporter aux croyances et au fonctionnement quotidien
Les thérapies cognitives et comportementales, ou TCC, s’intéressent aux liens entre situations, pensées, émotions et comportements. Retracer les expériences permet de comprendre comment une croyance a pu devenir crédible. Le travail ne s’arrête toutefois pas à cette explication : il cherche surtout à vérifier si cette croyance décrit encore justement la situation et à essayer d’autres façons d’agir.
Par exemple, « J’ai besoin d’une consigne écrite et d’un point de départ précis » peut être une lecture plus utile que « Je suis incapable de travailler seul ». Il ne s’agit pas de remplacer une pensée négative par une pensée artificiellement positive. On recherche une interprétation plus nuancée, puis on la confronte à une expérience concrète : commencer une étape limitée, demander une clarification ou rendre une première version imparfaite.
Les stratégies pratiques font partie du travail. Un agenda accessible, une tâche découpée ou un rappel bien placé peuvent rendre l’expérience possible ; l’analyse des pensées aide à dépasser la honte, le perfectionnisme ou l’évitement qui freinent leur utilisation. Une méta-analyse d’essais chez l’adulte retrouve des bénéfices des interventions fondées sur la TCC sur les symptômes du TDAH et certains symptômes émotionnels. Les résultats varient selon les personnes et les programmes. 5
Choisir les priorités sans réduire la personne à son TDAH
Lorsqu’un trouble anxieux ou dépressif est présent, il peut nécessiter un accompagnement spécifique, en parallèle de celui du TDAH. L’ordre des priorités dépend de la souffrance, du retentissement et de la situation clinique. Une aggravation importante de l’humeur ou une mise en danger appelle une évaluation médicale rapide.
Un objectif de départ peut rester modeste et observable : reprendre une démarche évitée, diminuer le temps passé à vérifier un message, ou demander de l’aide sans se dévaloriser. Ces changements servent ensuite à évaluer ce qui fonctionne. Comprendre les effets du TDAH sur son histoire peut ouvrir des possibilités nouvelles, sans faire du diagnostic une explication unique à tout ce qui fait souffrir.
Pour aller plus loin
Comprendre les difficultés dans leur ensemble
Le bilan TDAH proposé par R&R Psychologues permet d’explorer les difficultés attentionnelles et leur retentissement, en tenant compte du parcours et du contexte de vie. Découvrez son déroulement pour préparer une démarche adaptée à votre situation.
Bibliographie
1. Choi, W.-S., Woo, Y. S., Wang, S.-M., Lim, H. K., & Bahk, W.-M. (2022). The prevalence of psychiatric comorbidities in adult ADHD compared with non-ADHD populations: A systematic literature review. PLOS ONE, 17(11), e0277175. ↩ 1 · ↩ 2
2. National Institute for Health and Care Excellence. (2018, actualisé en 2019). Attention deficit hyperactivity disorder: Diagnosis and management (NG87). ↩ 1 · ↩ 2
3. Pedersen, A. B., Edvardsen, B. V., Messina, S. M., Volden, M. R., Weyandt, L. L., & Lundervold, A. J. (2024). Self-esteem in adults with ADHD using the Rosenberg Self-Esteem Scale: A systematic review. Journal of Attention Disorders, 28(7), 1124–1138. ↩ 1
4. Torrente, F., López, P., Alvarez Prado, D., Kichic, R., Cetkovich-Bakmas, M., Lischinsky, A., & Manes, F. (2014). Dysfunctional cognitions and their emotional, behavioral, and functional correlates in adults with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD): Is the cognitive-behavioral model valid? Journal of Attention Disorders, 18(5), 412–424. ↩ 1
5. Liu, C.-I., Hua, M.-H., Lu, M.-L., & Goh, K. K. (2023). Effectiveness of cognitive behavioural-based interventions for adults with attention-deficit/hyperactivity disorder extends beyond core symptoms: A meta-analysis of randomized controlled trials. Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 96(3), 543–559. ↩ 1