La remédiation et les stratégies TCC pour le TDAH

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Réalisez le bilan TDAH avec un psychologue formé à l’évaluation à visée diagnostique

Lecture estimée : 7 minutes · Vivre avec un TDAH et trouver des solutions

Savoir ce qu’il faudrait faire ne suffit pas toujours à réussir à le faire. Une personne avec un TDAH peut connaître les règles d’une bonne organisation et continuer à repousser une tâche, à perdre le fil ou à oublier le système qu’elle avait prévu d’utiliser. L’accompagnement cherche alors à comprendre ce qui bloque et à construire des moyens d’agir dans les situations réelles.

Remédiation cognitive, stratégies de compensation et thérapies cognitives et comportementales, ou TCC, recouvrent des approches différentes. Progresser dans un exercice ne garantit pas que le quotidien devienne plus facile. Il faut donc préciser ce que l’on travaille, comment on espère l’utiliser en dehors des séances et quels changements permettront d’en juger l’intérêt. 1

Dans cet article

Remédiation, compensation et TCC : trois objectifs à distinguer

La remédiation cognitive désigne des interventions qui cherchent à améliorer certaines capacités ou leur utilisation, par exemple l’attention, la mémoire de travail ou la planification. Les programmes sont variés : certains reposent surtout sur des exercices, d’autres associent réflexion sur les stratégies et mise en pratique. Le terme seul ne renseigne donc pas suffisamment sur le contenu proposé.

La compensation consiste à contourner une difficulté pour atteindre un objectif. Utiliser un rappel ou noter une consigne peut réduire la quantité d’informations à garder en tête. Réussir grâce à un support reste une réussite fonctionnelle, même si l’on ne peut pas démontrer que la capacité de mémoire elle-même s’est améliorée.

La TCC examine les liens entre pensées, émotions et comportements dans des situations précises. Dans le TDAH, elle peut associer des stratégies d’organisation à un travail sur l’évitement, la peur de l’erreur ou la dévalorisation. Ces approches peuvent se compléter, mais elles ne sont pas interchangeables : il est utile de demander au professionnel quels objectifs il propose et comment ils seront évalués. 2

Que sait-on des exercices d’entraînement cognitif ?

Une méta-analyse d’essais randomisés sur l’entraînement cognitif informatisé retrouve des progrès dans des mesures de mémoire de travail. En revanche, dans les évaluations jugées probablement réalisées à l’aveugle, elle ne montre pas d’amélioration significative des symptômes totaux du TDAH. Le bénéfice sur l’inattention est petit, à court terme et dépendant du contexte. Les effets scolaires globaux ne sont pas établis par cette analyse. 1

Cela invite à distinguer le progrès sur une tâche entraînée du transfert vers une autre activité : retenir une série sur un écran et penser à apporter ses affaires à un rendez-vous ne mobilisent pas exactement les mêmes conditions. Ces résultats concernent les programmes étudiés ; ils ne permettent pas de conclure de façon identique pour toute intervention appelée « remédiation ».

Avant de commencer, on peut demander : quel problème concret veut-on améliorer ? Que faudra-t-il faire entre les séances ? Comment vérifiera-t-on que cela aide en dehors des exercices ? Un score qui augmente peut être encourageant, mais le temps investi, la fatigue et l’utilité dans la vie quotidienne doivent aussi compter.

Les TCC chez l’adulte : apprendre à agir autrement

Les TCC adaptées au TDAH de l’adulte font l’objet d’études spécifiques. Une méta-analyse de 28 études randomisées retrouve des bénéfices sur les symptômes du TDAH et certains symptômes émotionnels, avec des résultats également favorables sur des dimensions comme l’estime de soi et la qualité de vie. Les programmes et les comparaisons étant variés, on ne peut pas promettre un résultat identique à chaque personne. 3

Les recommandations britanniques NICE proposent notamment une intervention psychologique structurée centrée sur le TDAH pour certains adultes qui ne souhaitent pas de médicament, le tolèrent mal ou en retirent un bénéfice insuffisant. Une intervention psychologique peut aussi être envisagée en complément lorsque des difficultés importantes persistent malgré une réponse médicamenteuse. Elle peut inclure des éléments de TCC ou un programme complet. 2

Concrètement, la thérapie part de situations récentes : un dossier repoussé, un rendez-vous oublié, une décision prise trop vite. On examine ce qui s’est passé avant, pendant et après, puis on choisit un changement assez précis pour être essayé. La séance suivante permet d’analyser l’expérience et d’adapter la stratégie, y compris lorsque l’essai n’a pas eu lieu.

Passer d’une intention générale à une expérience réalisable

Un objectif comme « mieux m’organiser » peut être traduit en une action limitée : consulter le même agenda au début de la journée, préparer le matériel d’une tâche ou réserver un créneau pour une démarche définie. Le premier enjeu est souvent de rendre le point de départ suffisamment clair, avec les informations et les outils disponibles au bon moment.

On peut ensuite travailler le découpage des tâches, les priorités, l’estimation du temps et la gestion des distractions. Les supports externes restent utiles : l’objectif n’est pas de tout faire de mémoire. Le choix des outils dépend du problème rencontré et de ce que la personne peut raisonnablement maintenir dans son quotidien.

Il faut aussi anticiper les obstacles à l’essai. Une tâche entre deux séances peut être trop longue, peu claire ou difficile à intégrer dans la semaine. La réduire, prévoir un rappel ou l’amorcer ensemble peut la rendre plus accessible. L’absence de mise en pratique constitue une information à comprendre, pas une preuve de manque de motivation.

Commencer une tâche malgré la peur de mal faire

Dans cet exemple fictif, une personne évite un courriel important parce qu’elle pense : « Il faut que ce soit parfait, sinon on verra que je suis incompétent. » L’expérience consiste à rédiger une première version de quelques lignes, dans un créneau limité, puis à la relire avec des critères définis. On observe à la fois ce qui facilite le démarrage et ce qui arrive réellement lorsque le message est suffisamment clair, sans être parfait.

Travailler les croyances construites autour des difficultés

À force d’oublis, de retards ou de critiques, certaines personnes développent des conclusions très générales sur elles-mêmes : « Je n’y arriverai jamais » ou « Demander de l’aide prouve que je suis incapable ». Le thérapeute peut explorer le parcours qui rend ces pensées crédibles, tout en vérifiant leur rôle dans les difficultés actuelles.

Une étude chez l’adulte retrouve des associations entre cognitions dysfonctionnelles, symptômes émotionnels et évitement. Elle ne prouve pas une chaîne causale identique pour tous. Son intérêt clinique est d’encourager l’exploration de ces liens, sans présumer que chaque personne avec un TDAH présente les mêmes croyances. 4

Le travail consiste à construire une lecture plus précise et à la tester. « Je n’arrive pas à gérer cette tâche quand tout reste implicite » ouvre des pistes différentes de « Je suis nul ». La personne peut expérimenter une demande de clarification, un support écrit ou une étape plus courte. La réflexion et l’action se répondent : il ne s’agit pas simplement de se convaincre de penser positivement.

Adapter l’accompagnement à l’âge et vérifier les effets dans la durée

Les résultats obtenus chez l’adulte ne se transposent pas tels quels à l’enfant. Chez les plus jeunes, l’accompagnement mobilise notamment les parents et l’environnement scolaire. Les recommandations françaises accordent une place aux programmes d’entraînement aux habiletés parentales et aux interventions adaptées aux besoins de l’enfant. Une TCC peut aussi répondre à des difficultés émotionnelles ou à des troubles associés, selon l’évaluation clinique. 5

À tout âge, les objectifs doivent rester compréhensibles et concrets. On peut suivre la réalisation d’une activité, les relances nécessaires, le temps perdu, la fatigue ou les tensions. Il est également utile de repérer ce qui fonctionne seulement avec l’aide du professionnel et ce qui commence à se maintenir dans les différents contextes.

Enfin, une stratégie peut devenir moins utile lorsque la situation change. Reprendre les objectifs, simplifier les outils ou prévoir un point de suivi permet d’ajuster l’accompagnement. Le progrès recherché n’est pas une organisation parfaite : c’est un quotidien plus praticable, avec des moyens que la personne comprend et peut réutiliser.

Pour aller plus loin

Mieux comprendre votre fonctionnement pour choisir les aides utiles

Le bilan TDAH proposé par R&R Psychologues explore les difficultés attentionnelles et leur retentissement dans la vie quotidienne. Découvrez cette démarche pour faire le point sur votre fonctionnement et préparer la réflexion sur les accompagnements adaptés.

Bibliographie

1. Westwood, S. J., Parlatini, V., Rubia, K., Cortese, S., Sonuga-Barke, E. J. S., & European ADHD Guidelines Group. (2023). Computerized cognitive training in attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD): A meta-analysis of randomized controlled trials with blinded and objective outcomes. Molecular Psychiatry, 28(4), 1402–1414. ↩ 1 · ↩ 2

2. National Institute for Health and Care Excellence. (2018, actualisé en 2019). Attention deficit hyperactivity disorder: Diagnosis and management (NG87). ↩ 1 · ↩ 2

3. Liu, C.-I., Hua, M.-H., Lu, M.-L., & Goh, K. K. (2023). Effectiveness of cognitive behavioural-based interventions for adults with attention-deficit/hyperactivity disorder extends beyond core symptoms: A meta-analysis of randomized controlled trials. Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 96(3), 543–559. ↩ 1

4. Torrente, F., López, P., Alvarez Prado, D., Kichic, R., Cetkovich-Bakmas, M., Lischinsky, A., & Manes, F. (2014). Dysfunctional cognitions and their emotional, behavioral, and functional correlates in adults with attention deficit hyperactivity disorder (ADHD): Is the cognitive-behavioral model valid? Journal of Attention Disorders, 18(5), 412–424. ↩ 1

5. Haute Autorité de santé. (2024). Trouble du neurodéveloppement/TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents. Recommandations de bonne pratique. ↩ 1